Yoshida Porter : l’esprit japonais fait sac

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Yoshida Porter : le sac japonais sous toutes ses coutures

Yoshida Porter, Porter Yoshida, Porter by Yoshida… Comment nommer cette marque de sac japonais si prisée ? Beaucoup s’y perdent sur Internet, ce qui contribue à renforcer son aura. Pour comprendre ce qui se cache derrière ces deux termes — et dans quel ordre il faut les assembler —, revenons un siècle en arrière, alors que le jeune Kichizo Yoshida était encore un jeune malletier inconnu, originaire du Kanagawa.

Spectateur du tristement célèbre séisme de Kantō en 1923, il mesure alors l’importance de disposer d’un sac fiable et résistant, prêt à être emporté avec ses biens les plus précieux au moindre problème — « un outil fait avant tout pour transporter des objets ».

Douze ans plus tard, c’est la maxime qui le guide lorsqu’il crée son entreprise, Yoshida Kaban Seisakujo, à Tokyo. Cette alliance de simplicité et d’efficacité, véritable synthèse de l’esprit japonais, explique encore aujourd’hui le succès grandissant d’une marque qui reste bien difficile à trouver dans les fashion stores français.

Mr Yoshida et Dr Porter ?

Eh non, Yoshida Porter n’est pas le fruit d’un dédoublement de personnalité. Il s’agit en réalité d’une des marques faisant partie du giron de Yoshida & Co. Ltd, la marque ombrelle créée et dirigée jusqu’à son décès par Kichizo Yoshida et nom donné en 1951 à Yoshida Kaban Seisakujo, citée plus haut.

Mais pourquoi ce changement de raison sociale ? On pourrait l’expliquer par une évolution de statut administratif, ou par une volonté de choisir un nom mieux adapté à la conquête du marché international. Mais c’est peut-être aussi pour marquer un nouveau départ, six ans après la Deuxième Guerre mondiale, dans un Japon en plein essor.

En savoir plus sur le « miracle économique japonais ».

En effet, l’entreprise qui allait bientôt donner naissance à Yoshida Porter est une véritable rescapée du conflit. Appelé deux fois pour faire son service militaire, voyant ses machines à coudre et ses ateliers sauvés de la destruction in extremis par sa femme Chika, Kichizo Yoshida et son entourage ont dû se battre corps et bien pour la survie de l’atelier.

On retrouve cette même résilience dans chaque sac japonais cousu main dans ses ateliers tokyoïtes, comme un reflet de la personnalité de leur créateur. Fruit également de ces âges troubles, le design militaire des accessoires Yoshida Porter, emprunté au matériel de l’U.S. Army, doit beaucoup à la présence des troupes états-uniennes sur le sol nippon après-guerre.

Le style Yoshida Porter en trois étapes

Si le sac japonais Yoshida Porter fait toujours, des décennies après sa création, l’objet d’un culte parmi les connaisseurs, c’est parce que la marque réunit fidélité à ses valeurs et capacité de renouvellement. Cette philosophie quasi unique au monde est d’autant plus apparente lorsque l’on s’intéresse à l’histoire de ses designs.

« Heart and soul in every stitch » : le président actuel de Yoshida sur l’éthique de la marque.

La construction d’une réputation

En 1953, Yoshida révolutionne le monde du bagage. L’Elegant Bag, avec ses soufflets latéraux ajustables, s’inscrit parfaitement dans les usages qui suivent la guerre. On se dispute ce sac sobre et inusable, qu’on peut ranger facilement en le pliant grâce aux fermetures Éclair disposées sur les côtés. L’impératrice Michiko et le réalisateur Kurosawa (dans son film Entre le ciel et l’enfer) font connaître cette technologie innovante.

Porter : le lancement d’une marque emblématique

1962 : la première marque Porter voit le jour. Elle doit son nom ainsi que ses premières estampilles aux bagagistes d’hôtel de luxe. Onze ans plus tard, en 1983, une étape majeure est franchie dans l’établissement de la jeune marque : la création de la gamme Tanker, inspirée par le blouson aviateur MA-1 de l’U.S. Air Force. Fabriqué dans une matière ultrarésistante, ce sac japonais audacieux laisse d’abord perplexe un public peu habitué à la mode militaire dans le civil (un usage alors réservé aux beatniks). Mais quelques années plus tard, le pari est gagné et Tanker se décline en plus de 80 types de sacs différents : sac à dos, sac de voyage, sac bandoulière et même en sac de transport pour appareil photo ou pour casque de moto.

L’innovation continue

Bien que l’aspect pratique reste le maître mot chez Yoshida Porter, la marque continue à oser des designs originaux et audacieux. Ses collaborations avec des artistes comme Takashi Murakami sont particulièrement spectaculaires ; le progrès technologique n’est pas en reste, comme on l’observe avec la collection Porter Magnum (récipiendaire d’un Good Design Award) ; tout comme la diversité, qui s’élargit aussi grâce à l’introduction d’une gamme Porter Girl. De l’ère Showa à l’ère Heisei, du deuxième ou troisième millénaire, la grande œuvre de Kichizo Yoshida perdure et s’épanouit, et avec elle la notoriété mondiale du sac japonais.

Sources :

quora.com/Why-is-the-Japanese-brand-Porter-Tokyo-aka-Yoshida-Kaban-so-expensive

porter-yoshida.com/history-2

hypebeast.com/2019/7/takashi-murakami-porter-bag-capsule-release-info

ln-cc.com/fr/feed-porter-and-yoshida-feature.html

heddels.com/2018/10/yoshida-co-brand-profile/

monde-diplomatique.fr/1963/06/NAKAYAMA/25399